Voila dix ans que Mgr Maillard est évêque de la Mayenne.
En 2005, un projet pastoral a été lancé, demandant aux paroisses de
réfléchir, jusqu’en 2010, aux orientations pastorales à choisir pour mieux
annoncer la foi. Samedi, lors de vœux au diocèse, l’évêque a évoqué la
diminution incessante du nombre des prêtres, invitant plus que jamais, à
réfléchir à «l’avenir de nos communautés chrétiennes»
• Il y a 10
ans vous nous aviez déclaré en arrivant à Laval : « j’ai besoin de
l’affection et de la prière des chrétiens de ce diocèse», qu’en a-t-il été
? J’ai le sentiment d’avoir été bien accueilli. Je me sens à l’aise.
J’ai pris plaisir à rencontrer les gens, à les écouter, à favoriser tout
ce qui est de l’ordre du rassemblement des chrétiens, des fidèles même
s’ils ont des sensibilités, des opinions différentes dans leurs choix, y
compris politiques. Mon rôle, c’est quand même de rappeler que ce qui nous
unit, c’est le Christ. Le reste, c’est second. Le Christ dans la prière,
dans l’enseignement, cette appartenance à cette même Eglise qui se
concrétise par le rassemblement du dimanche.
• Les premières
analyses du projet pastoral que vous avez lancé en 2005, s’inquiètent de
l’absence de toute une classe d’âge dans la vie de l’Eglise, les 20-45
ans, comment l’expliquez-vous ? C’est un constat., c’est une réalité
que dans nos assemblées, les gens les plus actifs ont un âge avancé. La
tranche des jeunes adultes qui ont des enfants, qui sont responsables
d’association, sont moins présents dans la vie de l’Eglise ou alors de
manière plus ponctuelle, pour les baptêmes, les mariages ou les obsèques.
Notre attention est attirée là-dessus. Il faudrait les rejoindre, leur
faire des propositions plus adaptées à leurs mentalités, à leur rythme de
vie. Aujourd’hui, le catéchisme est banalisé parmi toutes les autres
occupations des enfants, c’est une activité comme une autre. C’est
peut-être quand même une évolution de notre société française où la
religion, où l’Eglise est moins présente et parfois, je crois, maltraitée.
La manière dont la télévision ou les grands journaux ont tendance à nous
renvoyer à une époque complètement déplacée qui n’a plus sa place
aujourd’hui ou à une sphère complètement privée. C’est une conception que
je trouve moi, restrictive de la laïcité. Cela a été flagrant à propos du
Téléthon. L’Eglise n’a pourtant rien dit de nouveau sinon qu’elle
n’acceptait pas que les embryons soient utilisés comme des matériaux de
laboratoire que l’on peut détruire. On nous suspecte de ne pas avoir de
cœur concernant les familles touchées par le handicap… C’est un syllogisme
abondamment répercuté avec mépris qui nous fait du tort auprès de cette
tranche d’âge qui manque de repères moraux sur la place de la personne
humaine. On n’a pas dit que le Téléthon ce n’est pas bien mais que l’on
est en droit de savoir l’usage qui est fait de l’argent. Il faut dire la
vérité, pourquoi la cacher ? C’est la mentalité ambiante, aujourd’hui, la
plupart de notre population est élevée en dehors de toute référence
chrétienne…
• Monseigneur, à qui la faute ? L’Evangile ne
conseille-t-il pas de juger un arbre à ses fruits ? (1) Il ne sert à
rien de se culpabiliser. Il est difficile de porter un jugement global sur
l’Eglise, de dire qu’Elle n’a pas fait ce qu’Elle devait. Nous sommes tous
pêcheurs et humains, mais les prêtres s’engagent tous avec
conviction».
• Quelle est l’issue de cette crise, comment s’en
sortir ? En ne se divisant pas et en se mettant tous ensemble devant la
situation. En prenant chacun nos responsabilités, en continuant d’appeler
des jeunes à devenir prêtres. Les prêtres ont toujours été donnés par les
familles qui vivaient leur foi. Dans le diocèse actuellement, on a quand
même 5 séminaristes, on a aussi des diacres permanents. Je sais qu’ils ne
remplacent pas les prêtres. On a un service des vocations qui essaye
d’éveiller au problème des vocations. Cela ne sert à rien de dire que
c’était mieux avant, le passé c’est le passé.
Niafles
• L’an dernier il y a
eu aussi l’ordination de deux prêtres à la fraternité saint Vincent
Ferrier de Chémeré-le-Roi, ce sont deux prêtres pour la Mayenne, que
pensez-vous du courant plus traditionnaliste en Mayenne ? Ces prêtres
ne sont pas directement pour une paroisse même s’ils rayonnent sur la
Mayenne. Quant au deuxième point, mon problème c’est de rassembler même si
j’ouvre à la Tradition. Je les reçois, je donne des ouvertures mais il
faut éviter que ces communautés se ferment aux autres. Je ne voudrais pas
que l’on aboutisse à constituer des communautés qui s’ignorent l’une,
l’autre. Ce n’est pas facile. Mais moi, j’essaye de rencontrer, de
comprendre. La célébration, c’est le signe d’une unité.
• Le
message de Pontmain est-il toujours d’actualité ? Et si tout le diocèse se
mettait en prière ? Tout à fait. Ce message qui tient en une seule
phrase est une invitation à la prière qui nous tourne vers le Christ qui
Se laisse toucher. C’est un message d’espérance et donc il est normal que
Pontmain soit un lieu de pèlerinage, de prière et du rassemblement des
familles. Cela garde toute son actualité, cela a été une relance de
l’espérance dans un contexte de guerre où l’on doutait. Aujourd’hui, l’on
ne peut pas faire que se lamenter. Je pense que les communautés, telles
qu’elles sont, prient. Il ne faut pas que l’on se culpabilise. (1)Saint
Matthieu (chap.7,15-20)
Françoise
Nouar |